Le katam est probablement la plante tinctoriale la moins connue (voir notre guide complet coloration végétale cheveux blancs) en dehors du monde arabe — et pourtant l’une des plus efficaces pour couvrir les cheveux blancs. Cet article vous donne tout : son identité botanique, sa composition phytochimique, pourquoi il surpasse souvent l’indigo pour certains cheveux, et comment l’utiliser seul ou en protocole. Toutes les informations viennent d’un sourcing direct dans les montagnes du Yémen.
Katam : identité botanique et géographie
Le katam est désigné sous plusieurs noms scientifiques selon les sources et les classifications phylogénétiques : Buxus dioica Forssk. (classification classique), Catha edulis (erreur fréquente dans les sources grand public — à ne pas confondre), ou encore Haematoxylum brasiletto dans certains travaux phytochimiques anciens. La classification la plus couramment retenue dans la littérature ethnobotanique arabophone est Buxus dioica.
En arabe, le katam (كتم) est mentionné dans la littérature médicale islamique classique depuis Ibn Sina (Avicenne, XIe siècle) qui le décrit comme une plante aux feuilles tinctoriales “d’un noir profond” utilisée pour teindre cheveux et barbes. Il est également cité dans les hadîths prophétiques aux côtés du henné, ce qui lui confère une place culturelle et symbolique particulière dans la tradition arabo-islamique.
Géographiquement, le katam pousse à l’état semi-sauvage dans les montagnes du Yémen, particulièrement dans les régions de Hadhramawt, Mahra et Shabwa, entre 500 et 2 000 mètres d’altitude. Les conditions climatiques — sol calcaire, sécheresse relative, amplitude thermique — concentrent ses principes actifs de façon unique. On trouve des variétés apparentées en Éthiopie, en Érythrée et dans certaines zones de la péninsule Arabique, mais leur profil phytochimique est différent.
Composition phytochimique : pourquoi le katam colore si bien
La littérature scientifique sur le katam reste limitée comparée au henné ou à l’indigo — ce qui s’explique par le fait que la plante est quasiment absente des marchés européens et américains. Les analyses disponibles identifient plusieurs familles de composés responsables de son action tinctoriale :
Les tanins galliques : la base de la couleur
Le katam contient une concentration élevée en tanins galliques — acide gallique, acide ellagique, gallotanins. Ces molécules ont la propriété de former des complexes colorés stables avec les ions métalliques (fer, cuivre) naturellement présents dans l’eau et dans la kératine. C’est le même principe que l’encre ferrogallique utilisée depuis le Moyen-Âge : tanins + fer = noir intense et durable.
Sur les cheveux, cette réaction se produit naturellement : les tanins du katam pénètrent dans la fibre capillaire et se lient aux traces de fer présentes dans la kératine, produisant des teintes allant du brun foncé au noir selon la concentration et la durée de pose.
L’homospermidine : le pigment spécifique du katam
Des travaux phytochimiques ont identifié la présence d’homospermidine dans le genre Buxus — une polyamine rare qui se lie aux groupements acides de la kératine par des liaisons ioniques et hydrophobes. Cette molécule contribue à la fixation durable de la couleur et est absente du henné et de l’indigo, ce qui explique en partie pourquoi les mélanges katam + henné donnent des résultats différents des mélanges indigo + henné.
Les flavonoïdes et l’acide ascorbique
Le katam contient également des flavonoïdes (quercétine, kaempférol) et une quantité non négligeable d’acide ascorbique. Ces composés agissent comme antioxydants sur le cuir chevelu et contribuent à la brillance et à la vitalité du cheveu après application.
Katam vs Indigo : deux façons d’obtenir du brun-noir naturel
La question revient souvent : faut-il utiliser le katam ou l’indigo pour les cheveux bruns ou noirs ? Les deux fonctionnent, mais de façon différente.
| Critère | Katam | Indigo |
|---|---|---|
| Origine | Yémen (montagnes) | Inde, Asie du Sud |
| Mécanisme colorant | Tanins galliques + ions ferreux | Oxydation de l’indican en indigotine |
| Couleur seul sur blancs | Brun foncé à noir | Bleu-gris (inefficace seul pour brun) |
| Avec henné | Châtain chaud à brun-noir | Châtain froid à noir bleuté |
| Tenue | 8 à 10 semaines | 6 à 8 semaines |
| Délai d’application | Peut attendre après préparation | Doit être appliqué dans les 20-30 min |
| Reflets | Nuances chaudes, brun chocolat | Nuances froides, noir bleuté |
| Odeur | Herbacée, légèrement terreuse | Herbacée, légèrement fermentée |
En résumé : le katam convient mieux aux personnes qui cherchent des nuances chaudes (bruns, chocolat, acajou foncé) et une meilleure tenue. L’indigo convient mieux aux nuances froides (brun froid, noir bleuté) et aux mélanges précis à la teinte contrôlée. Les deux peuvent être combinés avec le henné, et même entre eux dans le cadre d’un protocole triple.
Comment utiliser le katam : quatre protocoles
Protocole 1 — Katam seul (pour brun foncé direct)
C’est la méthode la plus simple et la plus rapide. Elle convient aux personnes qui veulent un résultat immédiat sans la double étape henné.
- Mélanger la poudre de katam avec de l’eau tiède jusqu’à consistance de yaourt épais
- Laisser reposer 15 à 30 minutes (les tanins se solubilisent mieux que l’indican)
- Appliquer sur cheveux secs et propres, mèche par mèche
- Couvrir d’un film alimentaire + bonnet chaud
- Laisser poser 2 à 4 heures (4h pour les zones les plus récalcitrantes)
- Rincer à l’eau claire, sans shampoing. Sécher naturellement
Résultat attendu : brun foncé à noir profond selon la durée et la quantité de katam. Les cheveux blancs à 100% deviennent brun foncé ; les cheveux poivre-et-sel virent au brun uniforme.
Protocole 2 — Mélange katam + henné (méthode yéménite classique)
C’est le protocole traditionnel utilisé dans les familles yéménites depuis des générations. Il combine la chaleur du henné et la profondeur du katam en une seule application.
| Ratio | Résultat | Pour qui |
|---|---|---|
| 80% henné / 20% katam | Auburn chaud avec reflets acajou | Cheveux clairs, 20-40% de blancs |
| 60% henné / 40% katam | Châtain roux profond | Cheveux naturellement bruns, 40-60% blancs |
| 50% henné / 50% katam | Châtain foncé naturel | Polyvalent, résultat le plus “naturel” |
| 30% henné / 70% katam | Brun très foncé, presque noir | 60-100% de cheveux blancs à couvrir |
- Mélanger les deux poudres à sec dans les proportions choisies
- Ajouter l’eau progressivement jusqu’à consistance de yaourt épais
- Optionnel : ajouter quelques gouttes de jus de citron (libère davantage de lawsone du henné)
- Laisser reposer la pâte 1 à 2 heures à température ambiante
- Appliquer sur cheveux secs, de la racine aux pointes
- Poser 3 à 4 heures, rincer sans shampoing
Protocole 3 — Double application henné puis katam
Pour un résultat plus intense et une meilleure couverture sur cheveux très blancs :
- Étape 1 : Henné pur, 3 à 4 heures. Rincer, sécher complètement
- Étape 2 : Katam pur, 2 à 3 heures. Rincer sans shampoing
Ce protocole donne un brun-chocolat profond, soyeux, avec une tenue de 8 à 10 semaines. Les zones les plus difficiles (tempes, racines frontales) sont couvertes à 100%.
Protocole 4 — Triple application (couverture maximale)
Pour les cheveux très blancs qui résistent aux autres méthodes, ou pour obtenir un noir intense :
- J1 matin : Henné pur, 4 à 6 heures. Rincer, sécher
- J1 soir ou J2 : Katam pur, 3 heures. Rincer, sécher
- J2 ou J3 : Indigo pur, 1 à 2 heures. Rincer définitivement
Résultat : noir profond avec reflets bleutés, tenue 10 à 12 semaines. Ce protocole est utilisé par les femmes yéménites qui souhaitent un noir très intense pour les grandes occasions.
Reconnaître un katam de qualité
Le marché du katam en France est peu structuré. Beaucoup de produits vendus comme “katam” sont en réalité des mélanges avec de l’indigo, du henné noir, ou des variétés botaniques différentes récoltées en Inde ou en Afrique de l’Est. Voici comment identifier un katam yéménite authentique :
- Couleur de la poudre : vert kaki foncé à vert-brun, jamais noir pur (un katam noir est soit très vieux soit mélangé)
- Arôme : herbacé, légèrement astringent, avec une note terreuse caractéristique — plus doux que le henné, moins fermenté que l’indigo
- Texture : poudre fine et homogène, légèrement collante au toucher (signe de tanins actifs)
- Réaction à l’eau : la pâte préparée vire lentement au brun foncé en quelques minutes — c’est l’oxydation des tanins, signe de fraîcheur
- Traçabilité : le fournisseur doit être capable d’indiquer la région de récolte (Hadhramawt, Mahra, Shabwa) et l’année de récolte
Notre katam provient de la récolte de novembre 2024, des montagnes de Hadhramawt. Il est récolté manuellement, séché à l’ombre et moulu sur place avant expédition directe. Nous sommes fournisseurs B2B de plusieurs boutiques spécialisées françaises qui ont validé sa qualité tinctoriale sur plusieurs années.
Questions fréquentes sur le katam
Le katam peut-il donner du noir sans henné ?
Oui — c’est l’une de ses grandes différences avec l’indigo. Le katam seul donne des teintes brun foncé à noir sur cheveux blancs, sans base henné préalable. La couverture est généralement très bonne sur les zones à fort contraste blanc/foncé. Pour un noir vrai et profond, le protocole katam pur (3-4h) ou le protocole triple (henné + katam + indigo) donne les meilleurs résultats.
Combien de temps se conserve la poudre de katam ?
La poudre sèche se conserve 2 ans dans un contenant hermétique, à l’abri de l’humidité, de la chaleur et de la lumière. Les tanins sont relativement stables comparés à la lawsone du henné (qui se dégrade plus rapidement). Un katam légèrement ancien donnera une couleur moins intense mais n’est pas dangereux. Signal de fraîcheur : la pâte préparée doit virer rapidement au brun foncé.
Le katam est-il adapté aux barbes ?
Oui, et c’est même un usage très répandu dans la tradition arabe. Le mélange henné + katam (50/50) est le protocole standard pour teindre la barbe en brun naturel dans de nombreuses familles yéménites et du Golfe. La pâte préparée s’applique sur barbe sèche, 1 à 2 heures de pose, rinçage à l’eau claire. Résultat : brun chaud naturel qui ne vire pas à l’orange.
Peut-on faire une coloration avec du katam enceinte ?
L’utilisation de plantes tinctoriales pendant la grossesse reste une question à aborder avec son professionnel de santé. En usage externe et en application capillaire, l’absorption transcutanée des tanins et des flavonoïdes est faible. Cependant, par principe de précaution, la majorité des sages-femmes recommandent d’attendre le deuxième trimestre avant toute coloration, végétale ou non. Consultez votre médecin ou sage-femme.




